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L'idée de la transparence.

[harold]

4669_NpAdvHover.jpgNotre époque est dominée par l'idée de la transparence. On retrouve ce concept tous les jours de notre vie quotidienne. Prenons l'exemple de l'architecture qui utilise des matériaux transparents : l'Institut du monde arabe de Jean Nouvel et la pyramide du Louvre de Pei. Ces architectures deviennent un lieu ouvert sur le monde mais à la fois un lieu d'invitation au regard de l'autre, un rapport en le dehors et le dedans. De la rue, les gens peuvent voir la structure interne d'un bâtiment au point de voir l'activité humaine dans les bureaux.

Les objets que nous utilisons sont fabriqués aussi selon ce concept. La matière le plus souvent utilisée est le plastique. Il est généralement  plus ou moins transparent. La transparence des matériaux exprime la technicité et l'honnêteté du produit. On veut démocratiser l'objet. Les couleurs utilisées sont le gris et le noir pour exprimer la neutralité ou l'essence même de l'objet. La transparence est devenue synonyme de vérité. La dématérialisation permet de se débarrasser de la matière de l'objet. On télécharge de la musique, de la vidéo et  l'écran tactile a remplacé le stylo, la souris et le clavier. La translucidité synonyme de lumière donc de transparence est un thème repris par la typographie, le traitement de la lumière des écrans de portable et les différents systèmes d'exploitation informatiques.

Certaines émissions télévisées comme LOFT STORY reprennent ce concept mais dont la mise en scène implique le spectateur à jouer avec plaisir et sans interdit le rôle de voyeur. Le voyeurisme devient une nouvelle vertu, une normalité banale. On doit tout voir, scruter les moindres propos et les gestes de chaque personne sans aucune retenue. Les candidats se confessent dans un espace clos afin de préserver leur intimité, mais se confient devant des millions de téléspectateurs.

La communication se sert aussi de l'idée de la transparence. Les hommes politiques n'écoutent plus mais expliquent. Il suffit de reprendre l'actualité de la grippe H1NI. Combien de fois, n'avons-nous pas lu dans les journaux le mot transparent quand il s'agit de nous informer d'un scandale politique et financier : " la transparence des comptes "," transparence sur les essais nucléaires". L'information se veut objective. La transparence est aussi synonyme de l'immédiateté de l'information.

La visibilité de l'information est l'un des concepts utilisés par les plateaux de journaux télévisés en utilisant souvent des moniteurs placés derrière le présentateur. Ainsi, la parole du journaliste qui annonce le sujet de l'information est relayé par les moniteurs qui suggèrent que l'information est diffusée en permanence et qu'elle n'est pas détournée, déformée mais porteur de vérité. Le journalisme n'est plus isolé dans un studio mais il est un médiateur entre le monde et nous. Plus l'information arrive vite, plus on a l'impression que la vérité arrive à l'état brut, sans déformation. Le direct nous montre l'actualité en train de se faire.

Ce concept reflète notre époque, il est un miroir de notre société et de nos fantasmes notamment par l'idée de la peur de l'autre et de la violence. L'espace entre la sphère privée et publique est de plus en plus confus. La modernité de l'optique permet de s'affranchir de la fenêtre et des murs. Elle nous offre une fenêtre ouverte sur le monde pour nous permettre de tout voir, de tout contrôler et de nous rassurer. L'exemple de la multiplication des caméras de surveillance alimentent le fantasme de l'insécurité de notre société. Le générique du film « Ennemi d'État (Enemy of the State) réalisé par Tony Scott nous montrant le point de vue omniscient des caméras de surveillance qui enregistrent les poursuites de voitures pose la question sur le pouvoir de la surveillance au non de la sécurité d'une nation. Les technologies de l'image et de la communication que nous utilisons nous permettent de voir en direct la position d'une autre personne, de la localiser, de lui parler, de lui ennoyer des informations et de suivre ses activités professionnelles et personnelles. Certaines villes comme Londres ont mis au point des systèmes de surveillance qui permettent aux résidents d'observer le bâtiment depuis leur téléviseur. Nous sommes observés et à la fois nous sommes des observateurs. Nous n'avons rien à cacher à nos voisins et à nos proches.

Enfin pour finir, notre espace public privé est devenu un lieu d'exhibition de représentation. Il faut être vu pour exister. Nous avons l'impression de ne plus avoir d'intimité, de pudeur, d'être transparent à force d'être contraint à l'aveu et à l'exhibition.

* Illustration Big Brother vous regarde de George Orwel, mis en scène par Alan Lyddiard, Francois Bourcier, Sébastien Jeannerot.1984.

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Commentaires

  • Sujet et texte passionnant. Félicitation.

  • Merci pour lui :)

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