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Un bon scénario.

Le 5 mars dernier j'avais illustré une note par le biais de cette photo. Derrière une image, une vidéo, une texte il se cache souvent une autre histoire. C'est le cas au travers de ce cliché. Je vous laisse découvrir l'évocation de cette histoire sous la plume de mon pote David. Pour celles et ceux qui liront la photo se situe au moment "...avant d'escalader un muret pour le simple plaisir d'escalader un muret...". Durant la lecture de la note vous trouverez aussi les quelques photos (cliquer pour agrandir) dont je dispose et qui témoignent de cette folle aventure. Merci à David pour ce retour en arrière. En tout cas je suis certain que vous aussi vous avez des belles histoires à raconter ?

le radeau.jpgAVOIR UN BON COPAIN

Comédie dramatique inspirée de faits réels

« Avoir un bon copain, voilà ce qu'il y a de meilleur au monde, 
Oui, car un bon copain c'est plus fidèle qu'une blonde, 
Unis main dans la main, à chaque seconde,
 On rit de ses chagrins quand on possède un bon copain » - Henri Garat in « Les chemins du Paradis », 1931

Un samedi d'avril 1996, un groupe d'amis d'une vingtaine d'années décide d'aller passer une journée à Paris pour, notamment, visiter le cimetière du Père Lachaise et se balader sur les quais de Seine. Le groupe est composé de Cyprien, le boute-en-train potache et vaguement irresponsable, planète à fort pouvoir d'attraction autour de laquelle gravite tout le monde et à qui l'immaturité finira par causer des problèmes ; Patricia, petite amie de ce dernier, garçon manqué sexy et fragile sous sa carapace bruyante ; Damien, créatif complexé qui se cherche et qui joue un rôle en permanence ; Cathy, la petite amie de Damien, effacée et timide mais toujours partante et dotée d'un sens de l'humour de haut niveau ; Etienne, apprenti médecin indépendant et caustique, mince et sec, toujours prêt à rendre service, toujours souriant et toujours vaguement tendu ; Michel, gentil lunaire toujours un peu ailleurs, serviable et débrouillard, extrêmement influençable ; Pierre, grand taciturne paresseux, solitaire et rieur pour cacher son mal-être ; et Marc, le plus jeune, timide et sans grande ambition, intégré au groupe sur le tard via Damien qu'il connaît depuis toujours. Tous se connaissent depuis le lycée, et bien que longtemps inséparables, ils arrivent à un moment difficile de leur vie, ou les réalités et les contingences de l'âge adulte vont les rattraper et faire imploser le groupe social qu'ils essayent alors encore de sauver. Mais pour aujourd'hui, la journée se passe bien, la bonne humeur et le soleil sont au rendez-vous.

Le soir venu, ils se dirigent alors vers une ville de Normandie pour y rejoindre un ami commun, Christian ; la maison des parents de ce dernier s'y trouve en effet, et elle est vide pour la semaine. Il les a donc conviés à y passer quelques jours. Lors de l'arrivée à la maison, le samedi soir, le groupe retrouve donc Christian, accompagné d'un autre ami commun, Gilles, et de quelques inconnus ainsi que de son frère aîné. Ce dernier avait quelques temps auparavant eu une aventure assez longue avec la petite amie de Christian, son propre frère, ce qui avait plongé Christian dans une dépression assez sévère, mais un accident de la route non moins sévère avait mis la vie du frère en danger et l'avait laissé assez handicapé (il a notamment des troubles de la mémoire et a perdu le sens du goût et de l'odorat), ce qui a, malgré les évènements, contribué à le rapprocher de Christian de manière plutôt paradoxale et sordide. La route et la fatigue accumulée, combinés au peu d'enthousiasme à l'idée de passer la soirée avec les « amis » en question, jette chacun dans le lit pour un sommeil réparateur.

muretbis.jpgLe lendemain matin, les amis sont partis (sauf Gilles), et le soleil est arrivé. Le groupe passe un moment très agréable autour de la table de jardin pour déjeuner. A la suite du repas, Gilles repart en Normandie, et Christian emmène ses amis dans la maison voisine, celle de ses grands-parents, dont il doit s'occuper en l'absence de ses parents. Le grand-père sort une bouteille de pommeau qui donnera des couleurs assez vives à Cathy, allergique à l'alcool, et entonne une série de chants plus ou moins militaires, pour le plaisir de tous. Ils partent ensuite tuer leur dimanche après midi dans le centre ville tout d'abord, où ils joueront au frisbee devant le parc municipal avant d'escalader un muret pour le simple plaisir d'escalader un muret, puis ils prennent la route de la baie du Mont Saint Michel, où le groupe se scindera en trois pour entamer la fin d'après-midi : Damien et Christian prennent chacun une guitare et jouent pour Patricia ; Cathy, Etienne et Cyprien se mettent à courir le long de la grève (d'abord suivis par tout le groupe, qui s'arrêtera bien vite avant la crise cardiaque), et Marc, Pierre et Michel ne font rien.

De retour à la maison, après le repas, tout le monde décide de faire une partie de « Taboo » qui se finira mal : certains participants sont accusés de tricherie, et la tension monte assez vite. Enervée et fatiguée, Patricia part se coucher. Le groupe restant décide alors d'organiser une fête impromptue : la musique est mise assez fort, le thermostat et les esprits s'échauffent, et les vêtements se retrouvent par terre les uns après les autres à mesure que les heures passent. Pendant que Etienne et Damien s'enferment dans la salle de bains avec Michel pour lui raser le crâne à blanc (à rouge plutôt, car le psoriasis qui recouvre son cuir chevelu ne résiste pas à la lame du rasoir, sans mentionner le coup de soleil attrapé l'après-midi lors d'une sieste en extérieur), Christian, très entamé, pioche dans la garde robe de sa mère une paire de bas et une robe du meilleur goût et s'en affuble, ainsi que d'une perruque. Il est nu sous ses collants, et danse en caressant le torse des garçons. Il finit sa danse en sautant par la fenêtre (sans danger: nous sommes au rez-de-chaussée). Le résultat est terriblement malsain, et met tout le monde mal à l'aise.

feu de camp.jpgTard dans la nuit, alors que Patricia et Pierre tentent de dormir à l'étage, une bonne partie du groupe décide d'aller se jeter sur ce dernier, qui est nu dans son lit. Pierre, pour se sortir de cette impasse, décide d'exhiber une partie très intime de son anatomie à la vue du groupe, mais c'est surtout Cathy qui, étant dans l'angle le plus flatteur, devra vivre avec cette vision d'épouvante. Il attrape ensuite un sac poubelle qu'il se passe autour de la taille. Le bruit que fait le groupe réveille Patricia qui sort de sa chambre en petite tenue et engueule copieusement tout le monde. Rendu confus et muets par le paradoxe que représentent l'engueulade et les sous-vêtements, les amis, penauds, mettent un terme à la soirée, et partent se coucher. Tous sauf Christian, qui reste à boire dans la cuisine, habillé en femme. Quelques personnes dans le groupe commencent à avoir un mauvais pressentiment sur la suite des évènements.

Lundi matin, Cathy, matinale, trouve Christian en train d'uriner sur le pas de la porte. Il a une bouteille de bière à la main et lui annonce qu'il n'a pas dormi ; quelques bouteilles de bière vides jonchent la table. Il va s'allonger dans le fauteuil du salon, accompagné de son chien. Peu de temps après, Pierre trouve un dessin dans la cuisine, et se lance dans une explication psychologique de ce dernier, annonçant que Christian a des tendances morbides, etc. Au bout de quelques minutes, Marc arrive dans la pièce et explique que le dessin est de lui. Moment de flottement.

Il est ensuite décidé d'aller faire des courses au supermarché pour le repas que la grand-mère doit préparer. Pendant les courses, Christian se perd dans les rayons ; il est rapidement retrouvé, et commence à réagir de façon alarmante, parlant tout seul, les yeux fixés vers rien. Christian s'excite en parlant du plat de sa grand-mère et hurle parce que les autres ont mis dans le caddie un pot de crème fraîche industrielle (« il faut de la bonne crème de ferme !»).
marathon man.jpg

Le groupe repart alors vers la maison. La grand-mère prépare le repas qui est en effet délicieux. Christian et Cathy aident celle-ci dans sa tâche. Christian fait des clins d'œil appuyés à Cathy lorsque celle-ci parle de son insomnie : il ne faut pas alarmer les grands-parents sur son état psychologique. Pendant le repas, Christian reste silencieux et fermé. Il propose une balade sur la plage et s'énerve parce que les autres ne se pressent pas assez. Le convoi se met en route; devant, la voiture de Christian, avec à son bord Cathy, Etienne et Damien, et derrière la voiture de Michel, avec Pierre, Marc, Cyprien et Patricia. Christian conduit de manière erratique, accélérant de plus en plus dans les virages, ce qui contribue à alarmer les passagers, qui le font savoir au conducteur. Soudain, sur une départementale très fréquentée bordée d'arbres, à coté d'un champ, Christian stoppe net et éclate en sanglots. Les autres n'osent rien dire et se regardent, gênés. Les voitures klaxonnent. Christian dit aux autres de continuer la balade sans lui. Il descend de la voiture, et s'en va en marchant droit devant lui, sans un mot. La stupeur empêche quiconque de parler pendant quelques minutes, puis Etienne prend le volant, et tout le monde, après avoir roulé au petit bonheur la chance dans la région (car ne connaissant pas précisément le chemin du retour) se dirige vers la maison, espérant que Christian les y retrouvera.

Mais Christian ne revient pas. La maison se transforme en cellule de crise, chacun ayant son idée de la marche à suivre pour sortir de cette situation. Tous aimeraient au fond partir directement, mais que faire des grands parents ? Un commando, composé de Michel, Marc, Etienne et Cathy, décide alors de partir pour tenter de retrouver Christian. Ils le retrouvent en effet, en train de marcher et de faire de grands gestes en parlant tout seul. Christian ne veut pas que les garçons l'approchent. Cathy va lui parler et tente de le raisonner mais quand elle prononce le mot « internement », Christian est sur le point de lui envoyer son poing en travers de la figure. Les garçons veulent intervenir mais ce dernier les menace physiquement s'ils l'approchent. Christian s'enfuit en courant et en hurlant des menaces. Ils rentrent donc bredouilles.

Le groupe tente alors de trouver le numéro de téléphone de la sœur de Christian, mais l'agenda électronique de ce dernier est protégé par un code. Il est décidé d'appeler Gilles pour lui demander le code, et ce dernier, difficile à joindre, annonce qu'il a lui-même le numéro de la sœur. Un coup de fil est passé, et la sœur, qui vit assez loin, se met en route vers la maison. Pendant tout ce temps, Michel et Marc vont régulièrement voir les grands-parents pour les mettre au courant de la situation. Peu de temps après, dans la soirée, Christian revient enfin. Il se dirige directement vers sa chambre où il s'enferme. Après de longues négociations, il accepte d'y recevoir Damien, qui au bout d'un laps de temps assez long, arrivera à le convaincre d'aller à l'hôpital.

Michel prend la voiture avec Christian à ses côtés, Damien et Etienne à l'arrière. Pendant le trajet, Christian vomit sur le siège (au grand dam de Michel) et sur ses vêtements. A l'arrivée à l'hôpital, c'est donc un Christian en larmes, ivre et empestant l'alcool et le vomi qui arrive encadré par Damien et Michel au crâne rasé (nous sommes deux ans avant la coupe du monde de football, et Fabien Barthez n'a pas encore démocratisé cette coupe de cheveux) et Etienne, affublé d'un tee-shirt Corpo Médecine. Ce dernier explique d'ailleurs au médecin de garde des urgences la situation avec force vocabulaire médical, ce qui n'émeut pas le praticien,, manifestement blasé de tout. Il prend ensuite Damien et Michel à part et leur demande leur version des faits, après quoi il est proposé à Christian un placement libre en hôpital psychiatrique; ce dernier, à force d'arguments, finira par accepter.
Il est une heure du matin environ lorsque le trio abandonne Christian aux urgences et repart vers la maison, où la sœur de ce dernier est arrivée accompagnée de son mari. Elle remercie poliment le groupe pour avoir réagi correctement, pendant que le mari laisse échapper quelques soupirs et autres « je l'avais bien dit que ça finirait comme ça ». Tout le monde, épuisé de fatigue, part se coucher.

Le lendemain, le groupe repart en se séparant (et en laissant la maison dans un désordre assez honteux, non sans avoir prévenu les grands parents de la situation, lesquels sont en larmes et désemparés, et accusent le groupe de ne pas avoir aidé Christian) ; d'un côté Michel, Marc, Pierre, Cyprien et Patricia, qui vont terminer la semaine dans un mobil home au bord de la mer, et de l'autre Damien, Etienne et Cathy, qui doivent repartir chez eux. © David Rault.

avant la tempete.jpg

Lien permanent Catégories : Shake l'instant. 13 commentaires

Commentaires

  • Fuir la réalité pour un séjour en psychiatrie... C'est une solution.
    Bien à toi !

  • fuir la réalité pour un séjour un psychiatrie... Une solution, tu crois ?
    Bien à toi !

  • Non je ne pense que cela soit une solution. Mais dans le feu de l'action c'était l'issue la moins négative. C'est marrant mais je garde un très bon souvenir de week end... .

  • et qu'est-il devenu aujourd'hui?

  • D'après David il vit au Japon. Pour le reste....

  • en tout cas bien glauque le week end. Et jai bien aime la description de chacun dans le 3e paragraphe

  • au fait "Michel" il est aussi dans la photo nan? Que devient-il?

  • je veux dire il est photographe

  • J'ai étais obligé de relire car les nom sont modifiés...oui alors michel est compatble...je sais c'est moins glamour que photographe.

  • mais il devait pas partir quelque temps faire un reportage photo? Je sais plus trop ou.

  • Tu dois confondre avec un autre...voir même une personne que je ne connais pas...voir même une personne qui n'existe pas !

  • non celui qui est juste en dessous de toi sur la photo ;)

  • ak d'accord. Donc dans l'évocation c'est Marc. Oui en effet il est photographe, par contre concernant le reportage photo je ne suis absolument pas au courant. Il vit à Grenoble actuellement.

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