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Le bruit des clés.

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J'ai connu la prison. Il y a environ une bonne dizaine d'années. Etrangement c'était au quartier des femmes  de la prison de la ville ou je vivais à l'époque, à Caen.  Une expérience que je n'oublierais jamais.

Je n'étais qu'un simple intervenant. J'ai eu l'opportunité d'accéder à cette enceinte grâce à Stéphanie (une amie) qui travaillait dans l'administration pénitentiaire.  Mon rôle consistait à écrire un scénario avec les femmes qui le souhaitaient, pour « éventuellement » un jour réussir à le tourner (mais nous savions que ce projet à ce stade était irréalisable).

Immersion complète d'une seconde sur l'autre dans l'univers carcéral.  Juste le temps de me présenter le personnel, de me diriger rapidement vers le quartier des femmes, de rentrer dans une pièce assez grande avec des tables et des chaises, puis d'attendre. Bien avant j'avais signé une décharge de l'administration si à tout hasard il devait m'arriver malheur.

Les détenus arrivent. Elles se placent. Je me présente, je ne sais pas si je dois les laisser se présenter. Elles me donnent des prénoms que je ne vais pas retenir. Rapidement je présente le projet, mes envies, ma motivation, je trouve les mots assez facilement. De temps en temps toutes les minutes (un peu moins peut-être) une des surveillantes regarde par l'œilleton de la porte. Ma première surprise c'est le nombre des participantes (j'ai oublié combien sont les détenues, mais elles sont bien une dizaine avec moi). Je vais vite comprendre que pour certaines ce n'est pas le projet, mais la possibilité de pouvoir s'extraire de la cellule quelques heures. J'ai 1h30 d'intervention.

Et puis je fais la boulette, une bonne  grosse boulette de débutant. A la fin je dis aux filles que la semaine prochaine nous allons commencer à écrire le scénario. Quand je reviendrais la semaine suivante mon groupe sera de moitié car la plupart ont eu peur, car elles ne savent ni lire ni écrire. C'est con et je le regrette encore, j'ai été stupide.

Puis le mercredi défilent. Les filles me racontent les histoires, les douleurs, la vie, la détention, les surveillants, la prison,  le travail en prison... . A la fin je connais toutes les histoires et je sais en partie les raisons de la détention. Une d'elle va me laisser un souvenir assez inoubliable, Gisèle L., mon amie m'avait prévenu, une femme assez charismatique, très belle, envoûtante et une magouilleuse de première (pas le temps de te raconter son histoire il me faudrait un blog entier). Gisèle va contribuer énormément  au scénario, elle va m'écrire des lettres aussi. Je vais découvrir dans ses écrits une autre version de son histoire, de sa détention. Elle me raconte son plaisir lors de ses déplacements avec la police pour se rendre au tribunal. Elle me raconte que certains très sympas avant de se diriger tout de suite vers ce dernier profite de l'occasion pour lui montrer la mer, juste le temps de quelques minutes. Je vais lire les lettres de Gisèle le soir chez moi. Quand je rentre dans l'enceinte je suis surveillé à mort, je passe sous le détecteur, ma chemise qui contient les feuilles du scénario est ouverte. A l'inverse quand je quitte la prison, plus rien, pas un gardien, juste celui qui m'ouvre la grande porte vers la sortie. La première fois je n'avais pas vu que Gisèle avait glissé des écrits dans ma pochette. Puis j'ai laissé faire.

A terme un scénario est écrit, le contrat est rempli. L'histoire reste très simple, elles vont l'intituler « le bruit des clés ». Ce bruit des clés des surveillants qu'elles ne supportent plus. Hier soir je suis tombé sur ce manuscrit et j'ai eu envie de vous faire partager cette expérience. La prison c'est un endroit difficile. Je le sais, je l'ai vu, et comme souvent quand je rencontre des gens me dirent que la prison c'est les vacances ça me donne envie d'ouvrir ma gueule. J'ai le souvenir quand je quitte l'établissement  de ne pas rentrer chez moi directement, en général je me promenais dans les rues de Caen un bon moment car c'est terriblement oppressant  la prison, une  véritable sensation d'enfermement à grande échelle. Je garderais à vie je pense cette expérience en moi, et souvent je pense aux filles que j'ai rencontré car je sais que certaines sont encore en prison.

Lien permanent Catégories : Shake l'instant. 16 commentaires

Commentaires

  • ouai mais bon d'un autre côté, la grand majorité des gens qui y sont, le mérite.... pour moi, c'est la peine à payer lorsque l'on déjoue les lois... tout comme un enfant est puni s'il ne respecte pas les règles que ces parent imposent...

  • Absolument d'accord mais ce ne sont pas mes propos. Je n'ai pas de compassion. je traduis juste mon expérience, qui est une maigre expérience mais qui me permet de parler à juste titre de cet univers très particulier. J'ai découvert des personnages, des histoires très lourdes dont je n'ai pas parlé ici et c'est une aventure humaine qui marque véritablement. Mais il ne s'agit pas de compassion, bien au contraire, d'ailleurs quand tu fais ce genre d'intervention t'as interêt a serieusement te blinder.

  • C'est pour ça que je me tiens à carreaux !!!
    JE SUIS CLAUSTROPHOBE !!!!!!!!!!!!!!
    Lol

  • t'as bien raison ;)

  • "c'est la peine a payer quand on dejoue les lois"... faut vraiment ne jamais avoir ete en prison pour dire un truc comme ca. sur 10 assassins ou authentiques ordures, combien de voleurs de jambon? combien d'erreurs judiciaires? combien de gens paumes qui auraient plus besoin d'aide que de se retrouver dans un taudis affreux, a partager une piece degueulasse de 1 metre sur 2 avec un psychopathe qui va le violer tous les soirs? je te conseille de regarder "un prophete", film un peu long au scenario pas fantastique mais qui donne une image tres authentique de la prison. et sinon, cyril, je continue de penser que meme si c'est une faible audience, c'est une de tes meilleures notes (c'est peut-etre lie, d'ailleurs).

  • Finalement non comme quoi ! j'ai enregistré une très bonne audience sur la journée de cette note qui d'ailleurs à été reprise sur pas mal de plateforme... mais comme je te disais ce n'est pas un la ligne éditoriale de mon blog, mais merci pour ton analyse.

  • pour répondre à david, oui, c'est sûr qu'il y a certainement des innocents mais pas tous...

    quand au psychopathes violeurs ect, perso, j'ai mon propre avis sur la manière de les "punir" (et je met ça entre guillemet..) mais je pense que ma façon de penser "choquerai" ....

    mais juste pour l'info, des tarés il y en a beaucoup trop qui circule, la preuve dans mon petit village où un papi s'est fait défoncer le crane par un voisin qui a "péter un cable".... mouai, sauf que tout les jours se passait avec mes enfant devant ce taré...

    alors que faire, lui dire ah ben c'est pas bien monsieur?!... faut pas recommencer!...

    par contre, là où je te rejoins c'est sur le fait que les voleurs de jambon, payent souvent bien plus que les violeur d'enfants...

  • cela doit être une sacrée expérience humaine ! J'imagine qu'on laisse dehors les notions de culpabilité pour se concentrer sur les personnes que l'on a en face de soi dans l'ici et maintenant. Parvenir à les faire s'évader de cette manière ça doit être vraiment génial..

  • C'est parfaitement résumé de ta part et en effet c'est vraiment génial à vivre.

  • Très belle initiative que d'aller en prison apporter un peu de divertissement à ceux qui en ont besoin. Jusqu'où a été le manuscrit ? C'est une expérience que tu re-tenterais ?

  • Le manuscrit est allé à terme. L'objectif principal rester l'écriture d'un scénario, j'ai passé du temps aussi avec les detenus à parler cinéma et technique. Celle qui m'a donné la possibilité d'acceder à cette experience souhaitait un espoir de tournage mais cela demeurait compliqué face à l'adminsitration pénitenciaire.
    Evidement une telle experience marque et si un jour je pouvais le refaire cela serait sans hésitation. Ceci étant à ce jour je ne sais pas si des projets de ce genre existent toujours l'administration dans son ensemble a du changer depuis... . Merci de ta visite.

  • Celle qui m'a donné la possibilité de vivre cette experience, Stephanie, m'a laissé un message sur ma messagerie car je lui avait fait parvenir le lien de cette note. j'espère qu'elle ne m'en voudra pas de le diffuser ici, mais cela m'a particulièrement touché -

    « je ne laisserai pas de commentaire sur ton blog, le sujet est trop sensible pour que je ne sache me retenir de houspiller certains propos de tes commentateurs :-)
    je ne te dirai qu'une chose : merci d'avoir compris. je suis très fière de t'avoir choisi toi, fière de la trace que tu porteras toujours, fière de voir comme tu la défends »

  • je prend ce message pour moi...

    alors enlève mon comm, comme ça cela fera beaucoup plus "clean" et moins polémique et plus "politiquement correct"...

  • Mistinguett - Evitons de gangrener cette note par un "non-débat". Tes propos t'appartiennent, ce blog est libre, il t'appartient aussi puisque tu me suis depuis un moment... Cependant il faut comprendre que c'est un sujet sensible, c'est donc un thème qu'il convient de parfaitement maitriser ce qui est mon cas et celui de Stéphanie. En même temps nos idées nous appartiennent et ne vont pas forcement dans ton sens. C'est une histoire de vécue et d'éducation. Je me suis permis de témoigner du commentaire de Stéphanie car il me touche profondement. Tu es libre et tu as le droit de témoigner en aucun cas il ne s'agit ici de "clean" et de "politiquement correct" tu le sais bien !.

  • Et bien c'est marrant parce que justement, je le trouvais trés politiquement correct le comm de mistinguett ! Les méchants en prison, et on coupe le zizi des violeurs ...

    Perso je pense qu'on ne pas généraliser, tout devrait être traité au cas par cas, et comme c'est le même traitement pour tous on abouti à un résultat pas terrible.
    Je suis du genre à penser - par exemple - que les pédophiles sont de grands malades psychatriques et que l'enfermement ne contribue qu'à exacerber les névroses, en même temps, facile à dire qd ce n'est pas son gamin la victime, n'est ce pas ?

  • Il est clair que quand tu deviens acteur d'une telle horreur il n'est simple d'avoir un avis objectif, c'est logique. C'est une vision personnelle, le commentaire de Mistinguett ne me choque pas même si je ne le partage pas. Cependant ma note ne parle pas des causes de détentions des detenus, je partageais uniquement mon experience dans l'univers carcéral. Nous avons tous eu vision différente des choses et des avis contraires, c'est ce qui permet de débattre. Il faut juste parfois regarder un peut plus loin que le bout de son nez et ce n'est pas toujours simple.

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