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O négatif. Page 1 et 2.

la maison de mimilie,le shaker de cyril,roman,écrire,o négatif,roman virtuelC'est un rendez vous que nous vous proposons avec Mimilie. L'envie d'écrire était forte, l'envie d'avoir un projet commun aussi. Le résumé - 

"Je culpabilise de lui faire subir tout ça, mais il le faut, c’est vital pour lui, pour moi, pour nous. Je lui donne la main, jette un dernier regard à cet appartement insalubre, et ferme la porte."

Chaque samedi et dimanche nous publions à compter du 14 avril. On espère vous emporter avc nous dans cette aventure.Un blog est dédié mais vous pouvez retrouver ici les pages que nous venons de publier. Bonne lecture (clique Lire la suite)

O Négatif #Page1.

Le sac est prêt, j’ai pris le strict minimum, juste quelques souvenirs, le reste j’aviserai là-bas. Tremblante, je m’approche de mon loulou : 
-  Réveille-toi mon chéri, tu dois t’habiller, nous devons partir.
- Mais maman, il fait encore nuit ! 
Il me regarde et comprend, nous nous sommes préparés à cette nuit depuis des semaines. Il se frotte les yeux, part dans la salle de bain. Je lui ramène ses nouveaux vêtements. Encore endormi, il voit son nouveau reflet dans le miroir. Il fait cette moue de dégoût, mais il sait, je l’espère en tout cas, qu’il n’a pas le choix. 
Il s’habille. Puis je me mets à sa hauteur et le questionne :

-       Tu t’appelles comment ?

-       Julia  Sanchez

-       Tu as quel âge ?

-       8 ans

-       Tu es née quand ?

-       Le 7 août 2004

-       Je m’appelle comment ?

-       Paloma Sanchez

-       J’ai quel âge ?

-       30 ans

-       Où est ton père ?

-       Il est mort avant ma naissance

Je culpabilise de lui faire subir tout ça, mais il le faut, c’est vital pour lui, pour moi, pour nous. Je lui donne la main, jette un dernier regard à cet appartement insalubre, et ferme la porte. 
 

La nuit est pesante, le froid nous glace le sang, et nous avançons tête baissée, vers la gare de Perpignan. 5h37, nous prenons le train pour Paris gare de Lyon, arrivée prévue 10h48. De là nous devons nous rendre à la gare Montparnasse avant 12h en direction de Vannes 15h25, et enfin débarquer à Elven en fin d’après midi.

Installé mon fils me serre très fort la main, j’ai une larme qui coule le long de ma joue, et il l’essuie sans dire le moindre mot. A partir de maintenant, il sait que nous ne devons parler à personne, ne regarder personne dans les yeux, et taire notre passé à jamais. 
Il pose sa tête contre moi, et ferme les yeux. Je suis sûre qu’il est angoissé, qu’il a peur. Je suis dans le même état. Nous essayons d’être fort, nous n’avons pas le choix. Et surtout, personne ne doit se rendre compte de la supercherie, pas maintenant en tout cas. Impossible sinon tout notre plan partira en fumée.

Enfin le train démarre, je n’ai vu personne nous suivre, c’est une bonne chose. Ce soir, il viendra comme tous les vendredis soirs chercher son fils, et il n’y aura personne. Nous serons loin et dans un endroit sûr. Je l’espère en tous cas.

8h30, normalement il devrait être à l’école. J’ai envoyé un dernier email hier soir à la maîtresse pour justifier son absence. Peut-être l’erreur de trop. Je ne dois pas me focaliser dessus. Je dois être plus précautionneuse, être attentive et réfléchie. Je me dois d’anticiper et avoir plusieurs coups en avance.  Je ne dois rien laissé au hasard.

Mais j’ai si peur, non en fait je suis terrorisée, j’ai la trouille d’être découverte, je suis flippée à l’idée qu’on me l’enlève, j’ai mal au ventre à cette pensée, si ça se trouve je me plante, je nous plante. Pourtant c’est la seule issue que j’ai trouvé, fuir, et refaire notre vie ailleurs. Temporairement d’abord et ensuite nous aviserons.

 

© Mimilie/O négatif.Page 1.

 

O Négatif #Page 2.

« Je sais pas quoi faire ! »

« Viens m’aider j’ai besoin de toi… »

« C’est nul ici ! »

« Antoine, arrête un peu, viens m’aider».

Il faut dire que cette vie ici en Bretagne est un contraste fort avec notre vie parisienne d’il y a maintenant quatre mois. Je ne regrette rien, j’avais besoin de partir, loin, très loin, de me faire envahir par un nouveau projet, j’étais en train d’étouffer et ici il y a de l’espace et l’horizon est lointain.

« J’aime pas la maison, j’aime pas mon école, j’aime pas mes copains, j’aime pas la boulangère »

« Ah, la boulangère n’est pas ta copine ? »

« Elle me fait peur, elle parle jamais, les gens ici ils sont bizarres »

« C’est un petit village Antoine, tu vas trouver tes marques, allez viens m’aider j’en ai vraiment besoin »

J’ai le souvenir d’un dîner avec mes amis, ceux que je vois rarement, je me revois dire que jamais au grand jamais je ne quitterai Paris et mon travail dans la communication. Un an déjà. Il me tarde de revoir mes proches, faire découvrir ma maison, notre nouvelle vie, je dois l’avouer je me sens solitaire en ce moment, et puis ce travail, ce projet, la lourdeur de la tâche est immense.

« J’aime pas ton château ! »

« Antoine tu es vraiment pénible, en plus c’est pas un château c’est un manoir »

« Il est moche »

« Il n’est pas moche, il est vieux, je m’en occupe, il te plaira après tu verras »

Moi, le sémillant carriériste, me voici en jean troué, une pelle dans la main, suant comme un fou pour redonner de la brillance à cette somptueuse demeure. Elle sera belle et je pourrai enfin faire vivre mon projet. J’avais besoin d’un but, d’un objectif, si je n’avais pas trouvé cette affaire je serai sur un lit d’hôpital, sans mon fils. Je le sais.

« Maman elle rigolerait bien de te voir tenir une pelle… »

Je regarde mon fils. Contenir mes larmes, ne pas laisser transparaître mon émotion, mon chagrin, il est temps de lui faire un sourire et de m’abandonner de nouveau à ma tâche. Elle manque. Cette voiture, cette soirée, ce virage, seule, au fond du ravin. Elle manque, elle lui manque, elle nous manque. Il faut avancer, ne pas se retourner, jouir de la vie pour mon fils. Au fond du gouffre avant de partir mon meilleur ami m’a dit cette phrase « Julien, quand on a un enfant, on n'a plus le droit de mourir ». Le déclic. Sur un coup de tête me voici ici, avec ma pelle, mon fils, mon jean troué, et la boulangère qui fait peur.

« Antoine va te changer ils vont arriver »

« J’y vais pas… »

« Je te fais garder par la boulangère alors ! »

« Je vais me changer, j’arrive ».

 

© Leshaker/O négatif. Page 2. 

Prochaine publication le samedi 21 et dimanche 22 avril. 

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