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O Négatif. Page 3 et 4.

roman,o négatif,le shaker de cyril,roman virtuel,passion,leshakerC'est un rendez vous que nous vous proposons avec Mimilie. L'envie d'écrire était forte, l'envie d'avoir un projet commun aussi. Le résumé - 

"Je culpabilise de lui faire subir tout ça, mais il le faut, c’est vital pour lui, pour moi, pour nous. Je lui donne la main, jette un dernier regard à cet appartement insalubre, et ferme la porte."

Chaque samedi et dimanche nous publions à compter du 14 avril. On espère vous emporter avc nous dans cette aventure. Un blog est dédié mais vous pouvez retrouver ici les pages que nous venons de publier. Bonne lecture (clique Lire la suite)

O Négatif page 3.

Sur le chemin vers la gare Antoine est désagréable. A vrai dire je ne sais plus comment calmer cet enfant. Son déchirement est palpable, son déracinement aussi, je lui ai volé son Paris, notre vie, sa mère, cet accident, mon fils est né sous une mauvaise étoile. Alors je roule, vers cette gare, vers elle, vers cette anonyme dont je ne sais rien, enfin presque rien.

J’ai besoin d’aide dans cette rénovation, la tâche est immense, je n’avais pas bien anticipé les travaux, puis ma volonté de créer un parc agréable de ce manoir me demande des bras supplémentaires et des idées. A terme j’espère y accueillir des évènements, des séminaires, en faire une adresse connue. J’ai donc compulsé des annonces, je suis tombé par hasard sur Elle, sa motivation à changer de vie, célibataire, un enfant, un passé de décoratrice. Un soir j’ai décidé de la contacter, cette voix, ce charisme, je me suis laissé guider par mon choix. Venir vivre dans le Morbihan ce n’était pas gagné,  j’ai eu de la chance, elle tenait à venir vite, et puis je dispose d’une dépendance qui lui permettra de vivre paisiblement le temps des travaux. Un enfant, un garçon, j’y gagne un compagnon pour Antoine.

Nous approchons de la gare, comme souvent je suis en retard, c’est dans mon ADN le retard, je n’arrive pas à le combattre. Pour une première rencontre ce n’est pas du meilleur effet. A l’approche de la gare Antoine devient de plus en plus désagréable, décidément c’est une mauvaise journée, il est à la limite de l’hystérie je suis même obligé de m’arrêter et de le calmer. En retard, le gamin en pleurs à l’arrière du véhicule, pour une première rencontre c’est pas gagné.

Heureusement l’écran affiche 15 minutes de retard, le train arrive en même temps que nous finalement, enfin un rayon de soleil dans cette journée embrumée.

Mon fils dans la main droite, je regarde une photo d’Elle dans l’autre, les gens défilent, très vite, très très vite, puis plus personne sur le quai. Un petit moment de respiration, je récupère, je file dans la gare et de dos, rien que de dos je sais que c’est elle. Elle est jolie dans son long manteau, les cheveux qui descendent sur les épaules, sa lourde valise dans la main et son fils qui, de dos,  me semble jouer avec une petite voiture. Je n’ose pas me présenter et Antoine est derrière moi, la timidité sans doute.

Regards croisés, nous nous présentons, l’échange est furtif, nous parcourons des banalités le temps du chemin vers la voiture, le courant passe, la voix est identique au téléphone je m’en fais la remarque, j’ai le temps d'apprécier la peau de sa main, mais heureusement un court instant car mon fils toujours derrière moi traîne les pieds et refuse de venir avec nous.

Direction Elven, notre destination. Le puzzle prend forme, une nouvelle vie, un nouveau projet, et surtout ne plus me retourner, il faut oublier, le temps seul efface les cicatrices sans jamais les refermer.

Juste avant de glisser ma clé dans le contact, mon fils pleure plus fort. Sa joue est en sang. Il s’est griffé. Le sang coule le long de sa joue, elle a l’esprit de me tendre un mouchoir en souriant. Le sang coule de sa joue encore plus fort.

 

© Leshaker/O Négatif. Page 3. 

 

O Négatif page 4.

Dimanche

Nous sommes arrivés, le cœur battant je pousse mon fils vers les wc de la gare. Je le change discrètement, je me remaquille, nous ne nous disons rien. Pas besoin. Je le sens tendu, mais aucun son ne sort de ma bouche. Nous avons réussi notre première étape, reste la seconde et ensuite nous pourrons souffler quelques jours.

Ils nous attendent, un sourire de circonstance, il me regarde, je baisse les yeux. Dans la voiture, je me sens mal, je suffoque un peu, il me parle de choses et d’autres que je n’écoute qu’à demi-mots. De toute façon mon plan est de ne pas le laisser m’approcher, je me ferme complètement. Rien ne doit fuiter, rien ne doit être divulgué. Je dois jouer mon rôle à la perfection, je dois protéger mon fils et je dois nous protéger.

L’ambiance est pesante, installé sur son canapé il a l’air si content de son projet de rénovation.  Il parle beaucoup, un peu trop, je dois trouver contenance mais je n’y arrive pas. Il doit ressentir mon malaise puisqu’il nous invite à découvrir notre appartement. 

"Quand dois-je commencer ?"

"Dès que possible, le mieux serait demain matin."

"D’accord, j’ai quelques formalités à régler je serais disponible pour 10h. Cela vous convient-il ?"

"Bien sûr, vous savez nous pouvons peut –être nous tutoyer ? Nous allons passer beaucoup de temps ensemble …"

"Ecoutez, vous êtes mon patron, je tiens à garder cette distance hiérarchique et à ne pas tout mélanger. Je m’occupe de votre fils, et de l’intendance du manoir,  nous verrons les autres tâches plus tard. Nous sommes fatigués mon fils et moi. Nous avons eu un long voyage."

"Oui oui bien sûr, excusez moi, je suis tellement exalté par ce projet que j’en oublie certaines convenances."

"Merci, à demain matin 10h. Je vous souhaite une belle soirée."

Le pauvre, je ne l’épargne pas, il a l’air gentil pourtant, mais chacun sa place.

"Maman, ça ne va pas ?"

"Si  un peu sur les nerfs"

"Je file sous la douche et après on peut se regarder un film tous les deux ?"

Je lui donne mon plus beau sourire en signe d’accord.  Je l’observe du coin de l’œil et mon visage s’adoucit.  Je suis si fière de lui, il est épatant, il transforme tout en bonheur. Mon chéri est ma plus belle réussite, je l’aime si fort. Pourtant, je sais que cela ne sera que de courte durée. Il va falloir que je trouve une solution, que je lui permette d’être encore ce bonhomme si fort et si courageux. Mais pourquoi ? Pourquoi lui ? Pourquoi nous ? Pourquoi et surtout comment vais-je faire toute seule ?

Endormis contre moi, je déplace son bras délicatement et me lève du lit. Il est minuit, j’allume mon pc, me connecte sur ma boîte mail. Un nouvel email, mon cœur bat la chamade, mon corps frissonne.

«  Tu crois vraiment que de fuir va m’empêcher de te retrouver sale garce. Allez pourrir en enfer toi et ton fils ». 

 

© Mimilie/O Négatif. Page 4. Suite samedi 28 et dimanche 29 avril.

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