juin 13, 2013
Un instant dans la vie #3.
Nous devions être en 1995. A cette époque j’avais 23 ans, des cheveux frisés, et j’étais mince. J’étais étudiant, je n’en foutais pas une et pourtant le Deug de socio c’etait très intéressant. Je préférais me perdre dans mes rêves, mes copains, mes projets, mes envies. Nous étions un groupe, une association, nous n’arrêtions jamais de lancer des projets artistiques (festival, tournage, organisation de concerts…) nous aimions ça, la synergie était forte avec ce groupe.
A force de collaboration avec diverses personnes nous nous étions tournés vers la sérigraphie, le design, nous avions même testé de l’impression sur des tee-shirts. Puis un jour une rencontre avec des professionnels du « textile », une envie pour cette jeune entreprise de collaborer avec nous au travers du design, de la sérigraphie, et de l’évènementiel. Un rendez-vous important, je crois que nous savions. J’y suis allé avec lui, mon pote de toujours, le noyau dur. Deux entrepreneurs en pleine expansion, et juste en face, nous deux. Les deux gamins.
C’était en 1995. Mes souvenirs s’effacent. Nous n’avons jamais donné suite et je me souviens plus de la raison. Mais une chose subsiste en moi (et c’est bien pour cette raison que je l’écris ici), c’est que nous pouvions prendre un tournant dans nos vies ce jour-là. Même si le projet n’aurait pas fonctionné, même si cette collaboration pouvait ne pas perdurer, même si… nous avons prouvé notre imaturité, notre fossé entre nos désirs, nos délires et nos envies, et le manque de discernement économique.
Il y a toujours des moments dans la vie ou il faut anticiper le virage. J’ai continué tout droit, et pourtant je ne regrette rien.
#photo coupure Ouest-france 1994 #rectif j'avais déjà pas de cheveux
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juin 11, 2013
Live From Istanbul #4 (suite et fin).

De retour à Istanbul la situation est plus calme ?
Istanbul est une TRES grande ville, 40 kilomètres sur 100. Je vis sur la rive asiatique, très loin de Taksim ou de tout autre centre névralgique de la contestation. Tous les jours je me dis que je vais aller voir tout cela de plus près, et tous les jours je n'en ai pas le courage. Je suis donc chez moi, je vaque à mes occupations, je vais à la banque, au supermarché... Bref: je vis ma vie. Ce que je sais du mouvement, tout de suite, je l’apprends via les infos. Dans la rue, la vie est absolument normale. Mais je pense que demain mardi, je vais aller à Taksim; je ne peux quand même pas laisser passer toute cette agitation sans aller y jeter un œil moi-même.
Petite question pour les lecteurs que nous sommes, habitués en France à l'internet dans toute sa puissance... l'internet en Turquie est-il censuré et/ou limité ?
Il n'est pas limité, mais il reste onéreux quand on le veut très rapide et il est censuré, oui. Il y a un très grand nombre de sites web qui sont interdits par le gouvernement, principalement des sites pornographiques mais pas mal d'autres choses aussi. Bon, le gouvernement étant largement moins doué que le commun des hackers, à peu près tout le monde parvient à bidouiller ses DNS et à voir ce qu'il veut, quand il veut. Mais pour répondre à ta question, oui, Internet est censuré.
#un grand merci à mon pote David Rault pour sa participation.
Edit du 11 juin 2013. Taksim. Photos David Rault.






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juin 08, 2013
Live From Istanbul #3

Tu étais sur Paris pour la présentation de la Warner Day y'a quelques semaines avant les évènements, tu sentais sur Istanbul un vent de mécontentement avant ton départ ?
Oui et non. Ça fait des années que les "européens de Turquie" (les occidentalisés, qui représentent une minuscule partie de la population et qui vivent majoritairement à Istanbul, sur la rive européenne) encaissent sans trop rien dire les décisions arbitraires de Erdogan qui de son cote accélère visiblement les prises de position et les réglementations vers un état de plus en plus islamisé. Il a lancé énormément de chantiers gigantesques depuis quelques mois, qui vont véritablement changer l'aspect d'Istanbul sur le long terme, et il multiplie les lois et décrets tournes vers un état beaucoup plus religieux. Peut-être est-ce à cause de la rumeur qui lui a trouvé un cancer du côlon et qui ne lui donne plus qu'un an à vivre; Erdogan étant d'une mégalomanie pathologique, ceci expliquerai sans doute cela, et puis il ne faut pas oublier qu'avant de diriger le pays, Erdogan a été footballeur pro pendant 15 ans et a passé 4 ans en prison pour incitation à la haine - un type bien, donc. Mais ce qui est sûr c'est que la situation a atteint un point dangereux: 50% des turcs le soutiennent, arme au poing s'il le faut, et 50% des turcs le détestent - arme au poing aussi s'il le faut. En fait, on est à deux doigts d'une véritable guerre civile. Moi, je ne pensais pas qu'on était si près du chaos. Mais force est de constater que si, en fait. Erdogan était en tournée au Maghreb, il est rentre ce matin et la première chose qu'il a déclaré à l'aéroport c'est "tous les chantiers seront menés à leur terme". Donc, en clair: "je vous emmerde". Là, je crains vraiment l'escalade. "There will be blood", comme dirait PT Anderson.
L'opposition entre l'état et la jeunesse est incarnée par une jeune femme habillée de rouge. C'est quand même un copié collé à la lutte des thaïlandais dans les rues de Bangkok habillés de chemises rouges, on frôle le plagiat ?
La couleur rouge est synonyme de passion, de révolte, c'est aussi la couleur du sang. Elle augmente la pression artérielle, elle excite et énerve. Et elle se voit de loin en milieu urbain, ou le décor est plutôt gris. C’est pour ça que Spielberg a habillé une petite fille en rouge dans la liste de Schindler, pour symboliser la prise de conscience de Liam Neeson envers l'horreur en face de lui. Du bon gros symbole qui tache, pour les téléspectateurs de TF1. Là, c'est juste une nana en robe rouge qui se prend un jet de flotte dans la gueule, et la photo a été récupérée par des journalistes bas du front en mal de symboles neuneus. Rien de plus.
#merci à David Rault mon pote qui vit à Istanbul (tu l'auras compris), à demain (normalement) !
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juin 07, 2013
Live From Istanbul #2

Depuis ton évènement d’hier à la terrasse de ce restaurant c’est de nouveau calme, plus rien dans les rues ? Tu es toujours à Ankara ?
Je suis toujours à Ankara, je repars à Istanbul ce soir. Hier soir on a été diner en ville avec un habitant d'Ankara, et de nouveau en fin de soirée le bruit de la foule s'est fait grandissant, après une averse bienvenue. On était en voiture, et notre camarade local nous a emmené dans tous les endroits "à risques" un par un, jusqu'à une heure du matin. Ici et là, des manifestants énervés mais peu nombreux (une trentaine, une quarantaine maximum) mettaient des bancs publics et des bouts de bois en travers de la route pour la barrer et y mettaient le feu. Des voitures forçaient parfois le barrage, ce qui donnait lieu à des jets de pierre qui parfois atterrissaient dangereusement près de moi. Au bout de 5 à 10 minutes, les tanks de la police arrivaient et lançaient des bombes lacrymo dans le ciel puis aspergeaient les manifestants d'eau ou de gaz lacrymo. Je m'étais mis un masque sur le nez, mais leur gaz est très violent et très irritant. Très efficace, quoi. Bref, une virée "frissons" parfois un peu flippante (quand les flics arrivent avec leurs engins de guerre et que le ciel est zébré de bombes, c'est quand même un peu surréaliste), mais finalement presque drôle. Tout ça est en train de devenir ridicule et lassant. Le plus triste dans tout ça c'est peut-être tout le mobilier urbain récemment rénové chèrement et systématiquement pulvérisé par tous ces abrutis de casseurs.
Tu penses que c’est un choix stratégique d’organiser les violences courant juin juste avant la pleine saison ?
Ah non, le début de la révolte est vraiment né de la rue spontanément. Aucun choix stratégique la dedans. Par contre c'est certain que niveau tourisme, l'image de la Turquie est en train d'en prendre un coup. Cet été, m'est avis qu'on sera tranquille sur les plages.
#merci à David Rault mon pote qui vit à Istanbul (tu l'auras compris), à demain (normalement) !
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juin 06, 2013
Live From Istanbul #1

T'es ou là en ce moment, à l'instant ?
La tout de suite je suis assis dans un Starbucks Coffee de Cepa, un centre commercial à Ankara. Je suis en train de bosser, enfin j'essaie, mais c'est pas facile avec tes emails à la con. Avant-hier soir on est sortis ma femme et moi dans une rue généralement calme d'Ankara pour diner en terrasse, mais c'était sans compter sur les manifestants (une centaine maximum) qui au moment du café ont investi la terrasse du restaurant, un bandana sur le nez et les yeux explosés. Une forte odeur de gaz lacrymogène les a accompagnés, les serveurs ont distribué des citrons. Nous sommes partis dans la direction opposée ma femme et moi, à pieds, pendant que la police se rapprochait du quartier. Après 10 minutes nous avons trouvé un taxi qui nous a emmenés à l'hôtel heureusement situe loin de tout ça. En route à travers la ville on a pu voir pas mal de feux allumes ça et là, une vraie ambiance de guerre civile. Le lendemain, tout avait disparu, tout était redevenu normal. Comme si rien n'était arrivé. Manifestement c'est encore pas mal le bordel sur la place Taksim à Istanbul, mais ici ça va... Mais bon, tout peut se détériorer en 10 minutes, alors je reste sur mes gardes.
Le pays vise une interdiction de la vente d'alcool, c'est ennuyeux pour toi ?
L'interdiction de la vente d'alcool a déjà été votée et est déjà appliquée, et elle n'est en vigueur que de 22h à 6h du matin. Ne buvant pas moi-même, cela m'est totalement égal. Sur le principe, toute interdiction est toujours dommageable. Mais là, sincèrement, ça ne me fera pas aller manifester.
#merci à David Rault mon pote qui vit à Istanbul (tu l'auras compris), à demain (normalement) !
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mai 31, 2013
Ma VHS et moi #3
J'avais une passion à l'époque pour Michel Courtemanche, un artiste québécois. Un gars unique ultra physique sur scène (j'avais eu l'occasion d'aller le voir à Caen), il m'inspirait beaucoup. En regardant mes anciennes cassettes j'ai retrouvé ce truc impossible, chez ma mère, je devais avoir 19 ans ou 20 ans, un pantalon magnifique (acheté à New York, la mode la mode la mode). On notera que je suis à fond car même à la fin je suis en train de saluer le public. C'est magnifique.
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mai 30, 2013
Lettre ouverte à mon symbole #3
Je voulais te parler de ces jeunes que j’ai croisé dans les couloirs du métro dimanche dernier. Du drapeau avec maman-papa et l’enfant dessus. Des jeunes, 20 ans certainement, peut-être moins, l’âge de l’insouciance, l’âge où l’on pense que tout est possible, l’âge ou la découverte doit être une raison de vivre. Combien sont-ils ces jeunes à lever le bras pour manifester contre le mariage pour tous ? Combien ? Combien ? Sont-ils aussi nombreux que les images dans le téléviseur ? Ont-ils conscience du geste ? Ils viennent crier la haine contre cette loi à grande explication de PMA et de GPA, rien que du Blablas…
Ils n’y connaissent rien, ils brandissent des pancartes, ils crient et hurlent sans discours, ils ne sont rien, juste de la chair fraîche pour nos zombies politique. Alors ils sont dans la rue. 100 000 ou 1 000 000. Entre les deux mon cœur balance. 72% des français considèrent que les manifestations devraient s’arrêter. Alors combien ? J’en vois dans les couloirs du métro, ils sont bien là, les enfants, la famille, c’est tellement plus rassurant de ne pas donner les droits aux homos, c’est tellement rassurant de rester dans ce cocon de vie de famille, surtout ne pas regarder, ne pas voir, les œillères ne sont pas destinées qu’aux chevaux.
Je voulais te parler de la diffusion du premier mariage homosexuel à la télévision. A en croire la timeline de Twitter il faut croire que c’est symbolique. C’est en effet le cas. Mais j’ai comme un goût amer de cette diffusion comme une vulgaire télé-réalité. A force de transparence les images doivent parler, le peuple ne va pas le croire sinon, mais pourtant cette loi, elle est bien votée, elle est bien là, j’ai pas rêvé, n’en parlons plus. Il faut des images, donner de la fiction à l’intime. Je suis en accord avec cette idée, celle loi, le mariage pour tous (c’est drôle d’ailleurs de voir ce déferlement autour du mariage alors que des milliers de gens viennent s’en lamenter après, bref…), j’espère juste que le déballage médiatique ne va pas encore plus stigmatiser cette loi républicaine. Décidément notre société ne sera jamais en paix, et les hommes n’ont plus.
Je voulais te dire que j’aimerais aussi une loi qui puisse raisonnablement faire fermer la gueule de certains et les condamner violement, et qu’on cesse de me répondre que c’est la règle de la démocratie… Je te laisse avec cette vidéo ou tout est résumé je crois.
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mai 23, 2013
Un instant dans la vie #2.
La musique de groupe Téléphone résonne encore « Un jour j’irais à New York avec toi - Toutes les nuits déconner - Et voir aucun film en entier, ça va d'soi - Avoir la vie partagée, tailladée - Bercés par le ronron de l'air conditionné - Dormir dans un hôtel délatté… », le poster de Manhattan avec le World Trade qui domine la ville. Puis ce sentiment de lointain, d’horizon, de rêve et de fantasme américain, le désir de partir là-bas juste une fois, juste pour voir, pour sentir, différemment qu’au travers des films et des reportages.
Nous avons 19 ans. Débarquement, première émotion, utilisation de notre anglais d’écolier, direction le taxi, le jaune comme dans les films, le même que Coluche dans Banzaï. Le gars va nous poser la question fatale « First time in New York ? » et nous comme deux cons nous allons donner la réponse qui permet de balader deux jeunes touristes dans la ville, un voyage qui nous prendra 45 minutes et que nous referons l’année suivant en 15 minutes en répondant un « NON » salvateur.
Auberge de jeunesse. Le taxi ne voudra pas nous déposer dans cette rue. Welcome to New York. L’auberge de jeunesse est un lieu formidable, j’ai des souvenirs par dizaine, cette mamie de 70 ans voyageant seule pour la première fois et désirant découvrir le nouveau monde, le type en costard cravate qui bosse à l’ONU (un étudiant), le couple qui traverse les Etats Unis le plus vite possible… et les souvenirs qui disparaissent.
Nous deux au milieu de cette ville. 15 jours à découvrir. Cette destination va nous marquer. Souvenir ému du World Trade, j’ai gardé en mémoire depuis le drame l’image des gens qui travaillaient la haut, de la fille qui nous servait nos glaces (je ne sais pas pourquoi !). Puis le reste, trop long de venir énumérer les souvenirs, mais j’étais bien, nous étions bien, en résonnance la voix de Jean Louis Aubert qui avait bercé mon adolescence.
J’ai mis les pieds deux fois à New York. La prochaine fois se sera avec ma fille. On ira dormir chez ma copine Cindy que je vois rarement et qui vit là-bas depuis 8 ans déjà.
Les yeux de ma fille seront les miens de l’époque, j’ai hâte de me plonger dans son regard.
*photo dodo à kennedy Airport...
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mai 16, 2013
Ma VHS et moi #2.
Nous sommes en 1994, j'avais 22 ans et un camescope. J'avais déjà présenté ce clip en 2009 sur le blog mais j'ai retrouvé sa trace dans mes archives VHS et je ne pouvais pas passer à côté. Nous étions tous là, moi j'avais des lunettes et des kilos en moins. Nous aimions U2, nous aimions parodier les clips, en voici la preuve...
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mai 10, 2013
Un instant dans la vie #1.
Je me souviens… nous étions le 7 février 2003. L’heure du journal télévisé devait résonner. Elle n’avait pas le temps de recevoir la piqure, celle de la délivrance, 38 de fièvre ne pardonne pas. J’avais la main dans la sienne, je ne l’ai pas lâché je crois. J’observais avec toute l’impuissance du père que j’allais devenir la prouesse du corps féminin. Le temps d’angoisser face au rythme du monitoring qui vient t’annoncer la prochaine contraction. Tu souffles aussi. Tu es un homme mais au plus profond de toi tu vas vivre l’accouchement dans tes émotions.
L’impuissance qui règne. La confiance du corps médical. J’ai toujours gardé une pensée émue pour l’étudiante sage-femme qui est restée avec nous du début à la fin. Les mots, la sagesse, le temps de masser la mère de ma « future » fille, c’est un beau métier qui se dessine devant moi. Le lendemain matin j’ai même eu la chance de la croiser, lui dire juste… merci.
Puis la tête. Très vite, si vite, trop vite, tout va bien, le moment absurde ou tu comptes les bras et les jambes, tout va bien. Je lui lâche la main.
Ma fille devant mes yeux, le temps de lui donner les premiers soins, l’impuissance encore, j’assiste à la scène. Puis si vite me retrouver assis sur cette chaise, elle dans mes bras, ma fille, celle qui dans quelques temps prendra le temps de m’appeler papa, un mot qui résonne moi qui en connait pas le mien. Un nouveau rôle, sans repère pour moi. Je suis bien, nous sommes tous les trois. Il fait chaud, la pièce est enveloppée de calme.
Le 7 février 2003 à 20h02, mon destin croise celui d’une petite gonzesse qui dort dans mes bras. A jamais.
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